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Argentine - Villa 31, bidonville argentin

Direction l’Argentine, où trois années de crise économique et 16 mois de pandémie on fait tomber plus de sept millions de personnes dans la misère. La pauvreté touche plus de 4 Argentins sur 10, et les enfants sont les premières victimes : 65% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Dans les villas, les bidonvilles argentins, la situation des plus jeunes est dramatique, comme a pu le constater notre correspondant Théo Conscience.

Des mères veillent sur leurs enfants à la Villa 31, à Buenos Aires. © Théo Conscience


Au milieu des gravats et des tentes de fortune, des enfants s’amusent à poursuivre des chiens errants.

Un sourire triste sur le visage, Noelia garde un œil sur sa fille Mélina, 6 ans. Comme elle, une centaine de mères célibataires occupent ce terrain au milieu de la Villa 31. Aucune d’entre elles n’a de quoi payer un loyer dans ce bidonville de Buenos Aires.

« Ça fait déjà presque un mois qu’on est ici avec nos enfants, sous la pluie, le froid, avec des moustiques, des insectes… Avec des températures de zéro degré comme hier soir, nos nez sont congelés quand on dort »

En tout, 175 enfants vivent actuellement sur cette ancienne décharge.


Le sol est toujours jonché de gravats et de déchets. Balais et pelles à la main, certaines essayent tant bien que mal de nettoyer le terrain. La mine fatiguée, les yeux cernés, Andrea montre la tente faite de sac-poubelles et de veilles bâches dans laquelle elle dort avec ses trois filles.

« C’est triste de voir les enfants ici dans ces conditions, car ils vivent sans électricité, sans eau courante, sans toilettes… On est seulement sous une tente… On n’a rien du tout »

En plein hiver austral, ces familles dorment sur des matelas humides posés à même le sol. La pandémie a mis fin aux petits emplois informels qui leur permettaient de subsister. Aujourd’hui, pour se nourrir, elles dépendent des organisations sociales, se désespère Alicia, 29 ans.

« On mange ce qu’ils nous apportent, on vit avec ce qu’on peut… Il y a des jours où ils nous donnent de la nourriture, et d’autres non »

En plus de ces conditions dramatiques, ces familles vivent dans la peur constante de se faire expulser. Le terrain appartient à la ville, qui refuse de négocier pour leur trouver une solution de relogement, explique Mónica Zarate, du Mouvement Populaire pour la Dignité.

« Plutôt que le dialogue, la seule réponse des autorités de la ville, c’est la police qui vient nous harceler tous les jours. Aujourd’hui on s’est réveillés avec deux bulldozers et des camions de police. »

La ville justifie cette menace d’expulsion par le fait qu’une école doit être construite sur ce terrain. Une fausse excuse, selon Andrea, qui explique que tous les enfants sont déjà scolarisés dans une école du quartier.

« Pourquoi autant d’écoles, si les enfants n’ont nulle part où vivre ? D’abord, ils devraient avoir une maison, et ensuite une école, pour leur futur évidemment. Mais sans logement, je crois qu’il n’y a pas de futur »

Cette situation de précarité extrême n’est malheureusement pas isolée en Argentine. Dans le Grand Buenos Aires, trois enfants sur quatre ne mangent pas à leur faim, selon l’Observatoire de la dette sociale.*


* https://www.rfi.fr/fr/podcasts/reportage-international/20210815-villa-31-bidonville-argentin

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