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Des chiffres approximatifs pour des raccourcis faciles

1 - Parmi les malades du Covid-19 en France, combien sont vaccinés ?


Le cloisonnement entre les différents systèmes d’information ne permet pas d’avoir des indicateurs exhaustifs, publics et régulièrement mis à jour.


De nombreuses études scientifiques ont prouvé l’efficacité des vaccins pour limiter les infections, les hospitalisations et les morts liées au SARS-CoV-2. C’est ce que martèle l’exécutif pour inciter les Français dans leur ensemble à se faire vacciner au plus tôt.

Invité au journal télévisé de TF1, mercredi 21 juillet, le premier ministre a par exemple insisté sur le fait que 96 % des 18 000 personnes infectées par le virus et dont le test a été confirmé la veille n’étaient pas vaccinées. Une statistique édifiante… et encore approximative, faute de recoupements automatiques opérationnels entre les différents fichiers destinés à lister les personnes vaccinées, contaminées ou qui ont succombé au Covid-19.

Ce pourcentage, qui provient d’une récente – et prudente – note de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), concerne en effet un intervalle de temps (28 juin-4 juillet) distinct de celui évoqué par le premier ministre et est restreint aux seuls cas symptomatiques. De plus, le terme de « non vaccinés » englobe toutes les personnes n’ayant pas bénéficié d’un schéma vaccinal complet.


Manque d’indicateurs exhaustifs

Olivier Véran avait fait une confusion analogue en affirmant le 13 juillet que « dans 30 gros hôpitaux, 100 % des patients récemment admis en réanimation n’[étaient] pas vaccinés », sans que le ministère de la santé, ainsi que le relate Libération, ait transmis les données en valeur absolue correspondant à ces chiffres, ni la période concernée.


Ces imprécisions reflètent le manque, à ce jour, d’indicateurs exhaustifs, publics et régulièrement mis à jour permettant de connaître le nombre de patients vaccinés parmi les personnes déclarées positives au SARS-CoV-2 et parmi celles hospitalisées pour Covid-19 en France.


Trois fichiers

Depuis le début de la crise sanitaire il y a un an et demi, trois fichiers – entre autres – permettent d’avoir une idée de la situation :


– SI-VIC, qui recense les personnes hospitalisées, en réanimation, ou mortes en lien avec le Covid-19 ;

– SI-DEP, qui recense les tests virologiques dits « RT-PCR » et les tests antigéniques pratiqués ainsi que leurs résultats, positifs ou négatifs ;

– VAC-SI, qui retrace toutes les injections de vaccins.


Or ces systèmes d’information ne sont pas reliés entre eux. Ainsi, difficile de savoir automatiquement si des personnes infectées, hospitalisées ou mortes ont été dûment vaccinées. Il était en conséquence difficile d’en tirer des statistiques globales. Dans son avis du 6 mai 2021, le conseil scientifique qualifiait ce croisement de fichiers comme une « priorité ».


« Un croisement des bases difficile »

Interrogée à plusieurs reprises sur le sujet lors de ses points presse hebdomadaires, l’agence Santé publique France (SPF) évoquait à la même période « un travail en cours » compliqué par des « contraintes réglementaires » et un « croisement des bases difficile ». Il fallait s’assurer d’identifier comme une seule et même personne un patient présent dans plusieurs systèmes d’information : « Il faut que le taux d’appariement soit extrêmement élevé. »


Au début de l’été, un identifiant commun aux différentes bases de données utilisées a été créé pour faciliter le recoupement, a fait savoir SPF à 20 Minutes. Interrogée à ce propos et sur le calendrier de déploiement, l’agence n’a pas donné suite. Questionné à l’Assemblée nationale après la publication d’une première version de cet article, le secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique, Cédric O, a annoncé qu’un croisement entre les données d’hospitalisation et de vaccination serait disponible d’ici « d’ici quelques jours ».


Une analyse avec nuance

Concernant les tests virologiques, SPF a publié début juillet des estimations sur l’efficacité de la vaccination pour prévenir les formes symptomatiques chez les plus de 50 ans. En outre, la note de la Drees mentionnée plus haut exploite un « appariement entre les données de SI-DEP et VAC-SI » sur la seule période du 28 juin au 4 juillet : « Seuls 6 % des nouveaux tests positifs concernent des personnes complètement vaccinées, alors qu’à la même date 32 % de l’ensemble de la population française est complètement vaccinée. »

Une faible proportion qui doit cependant, rappelle l’organisme public, être analysée avec

nuance : les patients non vaccinés sont surreprésentés parmi les personnes se faisant tester, et la mise en place progressive du passe sanitaire – qui leur impose un test pour pouvoir accéder à un grand nombre de lieux du quotidien – pourrait encore accentuer ce phénomène. Des facteurs qui, selon la Drees, « montrent bien qu’il n’est pas possible d’estimer précisément l’efficacité vaccinale via de simples statistiques descriptives ».*


* https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/21/covid-19-en-france-combien-de-personnes-vaccinees-parmi-les-malades-du-covid-19_6089087_3244.html


En complément un article de BFMTV qui confirme que le gouvernement joue sur la peur en manipulant des chiffres inventés à sa guise:


2 - Efficacité de la vaccination, nombre de non-vaccinés... Les approximations de Jean Castex lors de ses annonces



Jean Castex s'est exprimé, ce mercredi, au cours du JT de TF1 pour détailler les nouvelles mesures qui entrent en vigueur en France afin de contrer la progression du variant Delta. Mais le Premier ministre a réalisé quelques approximations et énoncé quelques erreurs.


Des approximations, des raccourcis et quelques erreurs. Ce mercredi, à l'issue d'un nouveau Conseil de défense, Jean Castex a détaillé sur TF1 les nouvelles mesures de l'exécutif pour faire face à la quatrième vague de Covid-19 provoquée par le variant Delta, désormais majoritaire en France.

Au milieu de ces annonces, le Premier ministre a également énoncé certains chiffres et réalisé certains commentaires, notamment sur la vaccination, qui s'avèrent soit faux, soit approximatifs. BFMTV.com revient point par point sur ces déclarations de l'ancien "Monsieur déconfinement" du gouvernement.


· "96% des 18.000 nouveaux cas n'étaient pas vaccinés"

Revenant sur les 18.000 nouveaux cas de Covid-19 relevés mardi, Jean Castex a affirmé que "96%" de ces personnes contaminées "n'étaient pas vaccinées".

Or, le Premier ministre s'appuie ici sur une note publiée le 15 juillet par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), portant sur la semaine du 28 juin au 4 juillet, qui analyse le statut vaccinal des personnes contaminées par le coronavirus.


Cette étude montrait que sur les 2120 tests PCR positifs relevés chaque jour cette semaine-là, 80% des personnes contaminées étaient non-vaccinées, 3% avaient reçu une première dose récemment, 11% depuis plus de 14 jours et seulement 6% étaient totalement vaccinés.

Concernant les seuls cas symptomatiques parmi les tests PCR positifs, seulement 4% des malades étaient complètement vaccinés et 96% des symptomatiques n'avaient soit reçu aucune injection, soit une seule dose.

Jean Castex a donc transposé les chiffres concernant la semaine du 28 juin au 4 juillet sur la journée du 20 juillet, comme l'a confirmé Matignon au Parisien.


· "285.000 contaminés depuis le début de l'épidémie pour les 20-39 ans"

Au cours de son intervention sur TF1, Jean Castex a réagi aux propos des récalcitrants à la vaccination, en particulier à ceux d'un jeune qui a dit ne pas se sentir concerné. "Je vais sortir les chiffres", a-t-il menacé, le ton grave, avant de les donner, s'appuyant sur une note qu'il avait en sa possession: "Sur le passé, les 20-39 ans, 285.000 contaminés depuis le début de l'épidémie, 48.000 admis en réanimation, 340 morts. Oui, il est concerné."

Le Premier ministre s'appuie ici sur les différentes données présentes sur le site CovidTracker, à savoir celles de l'outil CovidExplorer, qui permet d'explorer par tranches d'âge le nombre de contaminations, d'hospitalisations ou encore de personnes en réanimation, soit au jour le jour, soit de manière cumulée.

Or, 1.845.325 cas positifs ont été recensés parmi les 20-39 ans depuis le début de l'épidémie, selon cet outil. Le chiffre de 285.000, énoncé par Jean Castex, se rapporte en fait au nombre de jours d'hospitalisation cumulés pour la tranche des 20-39 ans, depuis mars 2020. Cette donnée n'a pas grand sens statistique pour mesurer la dangerosité du virus sur une classe d'âge, sauf à la diviser par le nombre de personnes hospitalisées pour calculer la durée moyenne du séjour.

Même erreur pour le chiffre de 48.000 jeunes "admis en réanimation": il ne s'agit pas du cumul des 20-39 ans admis en réanimation, mais du nombre de jours passés en réanimation par des personnes âgées de 20 à 39 ans. Là encore, ce nombre seul ne dit strictement rien. A noter que, tous âges confondus, près de 88.744 personnes ont été admises en réanimation depuis le début de l'épidémie, ce qui aurait pu alerter le Premier ministre.

Enfin, seul le chiffre du nombre total de morts du Covid-19 parmi les 20-39 ans est le bon. Selon le site Météo Covid, qui agrège les données hospitalières données par Santé Publique France, 81 et 262 morts ont été recensés parmi les 20-29 ans et les 30-39 ans, soit 343 morts pour les 20-39 ans.


· "La vaccination, ça marche (...) les personnes n'ont plus de chances d'attraper la maladie"

Mardi, sur RTL, Olivier Véran, le ministre de la Santé, s'est prononcé pour la levée du statut de cas contact dans le cas d'un schéma vaccinal complet. Interrogé sur cette information, ce mercredi, sur TF1, Jean Castex a répondu que le gouvernement s'appuyait "sur les avis des autorités scientifiques"

"C'est le même message, y compris à l'égard, et surtout, des hésitants: la vaccination, ça marche. On a constaté que les personnes qui ont deux doses, jusqu'alors, lorsqu'elles croisaient une personne qui était contaminée, devaient être cas contact et donc s'isoler. Les analyses faites sur ces personnes montrent qu'elles n'ont plus de chances d'attraper la maladie", a affirmé le Premier ministre.

Or, si une vaccination complète permet bien de réduire les chances de faire une forme grave du Covid-19, il s'agit d'un léger raccourci que d'affirmer que les personnes vaccinées "n'ont plus de chances d'attraper la maladie".

Dans une lettre adressée au Sénat et datée du 13 juillet, le Haut conseil de la santé publique (HCSP), s'appuyant sur la littérature disponible, indiquait qu'une "efficacité vaccinale élevée en vie réelle" avait été étudiée mais que "toutefois les personnes vaccinées peuvent présenter des infections à SARS-CoV-2 modérées ou asymptomatiques".

La "diminution de l'efficacité des vaccins" avait également été observée concernant "les variants préoccupants (variants Bêta, Gamma et Delta)". "Ces vaccins, y compris ceux à vecteur viral, conservent toutefois une bonne efficacité contre les formes graves de Covid-19", ajoutait le Haut conseil de la santé publique. *


* https://www.bfmtv.com/sante/efficacite-de-la-vaccination-nombre-de-non-vaccines-les-approximations-de-jean-castex-lors-de-ses-annonces_AV-202107210384.html

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