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"La démocratie ne doit pas être confinée"

"La phrase, prononcée à l’Assemblée nationale, résume à elle seule l’état d’esprit de l’opposition. « La démocratie, elle ne doit pas être confinée ! », s’émeut Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), en plein débat budgétaire le 15 octobre. La veille, Emmanuel Macron avait annoncé la mise en place d’un couvre-feu pour plusieurs zones du territoire, dont Aix-Marseille, Lyon, Lille, Saint-Etienne, l’Ile-de-France et Paris. Cette mesure, qui concernait 20 millions de personnes, était attendue. Il n’empêche. Depuis son instauration, les oppositions – de gauche comme de droite – sont remontées. Et leur colère ne va pas retomber après l’extension du couvre-feu à 38 départements supplémentaires et à la Polynésie française, annoncée jeudi 22 octobre par le premier ministre, Jean Castex.

Si toutes ont joué la carte de l’union nationale en mars et en avril pour le confinement général, cette fois, les oppositions estiment qu’on les prive de parole comme de consultation. Valérie Rabault et Patrick Kanner, présidents des groupes socialistes à l’Assemblée et au Sénat, ont écrit, le 15 octobre, au premier ministre pour lui demander de venir exposer, devant les parlementaires, les mesures du couvre-feu et y laisser la possibilité du débat. « Une exigence de clarté et d’information envers la représentation nationale s’impose », expliquait la missive. En vain. « Je vais reprendre une formule empruntée à Gaston Monnerville [ancien président du Sénat entre 1958 et 1968] adressée au général de Gaulle : “Attention au bonapartisme éclairé”. Je l’ai redit au premier ministre, on ne va pas poursuivre la mandature avec des textes où il n’y a que des ordonnances. Depuis trois ans, il y en a eu 183, c’est incroyable », souligne de son côté le président (Les Républicains, LR) du Sénat, Gérard Larcher, qui se dit « attentif à ce que la pandémie ne gomme pas la démocratie ».

Les oppositions sont dans une situation des plus épineuses. L’opinion réclame toujours davantage de protection, et le gouvernement bénéficie d’une très large majorité pour voter les mesures annoncées. Le Parlement n’est donc, au mieux, qu’une tribune pour ceux qui critiquent la gestion de la crise sanitaire, mais beaucoup ont l’impression de compter pour quantité négligeable. « C’est un grand “cause toujours” institutionnel, résume Alexis Corbière, député La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis. On est dans une habitude, où les grandes décisions sont prises par le président de la République, sans débat, sans discussions. » « Malgré les appels à l’unité du pays, l’opposition n’est jamais associée. Le pouvoir est toujours aussi peu à l’écoute et fait preuve d’une grande arrogance », appuie Gabrielle Siry, porte-parole du PS."*


* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/10/23/covid-19-l-impossible-debat-autour-de-la-gestion-de-crise_6057039_823448.html


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