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Le conseiller d’Emmanuel Macron Thierry Solère de nouveau soupçonné de détournement de fonds publics

Le député des Hauts-de-Seine, déjà mis en examen pour «fraude fiscale», est soupçonné d’avoir détourné 167 000 euros de frais de mandat pour des dépenses personnelles lors de ses fonctions de député, comme le révèle ce mardi «Mediapart».

Thierry Solère à l'Assemblée nationale en juillet 2017. (Photo Martin BUREAU. AFP)


«Je n’ai pas commis d’infraction.» A Libération, Thierry Solère l’affirme : son utilisation des frais de mandat, cette enveloppe d’argent attribuée par l’Assemblée nationale à chaque député, s’est faite «parfaitement» dans les règles. Une réponse semblable à celle adressée à Mediapart, qui révèle ce mardi que le député (LREM) des Hauts-de-Seine est visé pour des faits de «détournement de fonds publics par personne dépositaire de l’autorité publique». Le parquet de Nanterre a demandé aux juges d’instruction, qui enquêtent déjà sur des faits présumés de «fraude fiscale», d’élargir le périmètre de leurs investigations en ce sens.


L’élu, conseiller politique d’Emmanuel Macron à l’Elysée, est suspecté d’avoir détourné entre 2012 et 2019 près de 167 000 euros d’argent public pour couvrir des dépenses personnelles. L’ancien porte-parole de François Fillon aurait ainsi payé, avec ses frais de mandat, des frais de scolarité pour ses enfants, des «abonnements familiaux» dans des clubs de sport, des loyers ou encore des primes pour ses collaborateurs.


«On est en absurdie»

Interrogé, Thierry Solère, assure que cette indemnité est «libre d’emploi». Remplacée le 1er janvier 2018 par l’avance de frais de mandat (AFM), l’indemnité représentative de frais de mandats (IRFM) relevait à l’époque du même but : assurer les diverses dépenses liées à l’exercice du mandat de député. Auparavant soumises à aucun contrôle, ces dépenses doivent désormais être justifiées auprès du déontologue du palais Bourbon et peuvent être l’objet de vérifications, effectuées a posteriori et aléatoirement.


Concernant ses dépenses faites entre 2012 et 2018 – relevant alors de l’IRFM –, Thierry Solère assure qu’il «n’y a pas de sujet juridique. L’IRFM ne s’apprécie pas au titre du droit, mais au titre de la déontologie». De quoi justifier, selon lui, des dépenses variées. Comme cette facture de 2 500 euros chez Ikea. «Quand vous avez une permanence, vous achetez des meubles, des lampes», se défend l’intéressé. Ou une facture de 5 000 euros, payée chez «Mangas». «Les enquêteurs ont cru que j’achetais des BD à mes enfants. Or c’est une marque de costumes : j’ai acheté pour 5 000 euros de costumes en cinq ans.» Et le conseiller du chef de l’Etat de conclure : «On est en absurdie.»


Signalement de la HATVP

Dans son article, Mediapart évoque également 520 euros de paris à la Française des jeux, 8 489 euros de prime chez Axa ou encore 65 135 euros de virements et chèques vers des comptes personnels. Autant de dépenses s’apparentant, pour la justice, à du «détournement de fonds publics». Pour ses dépenses effectuées à partir de 2018 et relevant de l’avance de frais de mandat (AFM), le député dit avoir été contrôlé. «J’ai reçu le quitus du déontologue», assure-t-il. Ce qui n’a pas empêché les enquêteurs d’élargir leur périmètre d’action, se penchant donc sur des dépenses engagées après sa réélection, en 2017.


Ces nouveaux faits s’inscrivent dans le cadre d’une enquête du Parquet national financier, ouverte suite à un signalement de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le 5 octobre 2018. Née après l’affaire Cahuzac, la HATVP peut notamment décortiquer les déclarations d’intérêts et de patrimoines des élus. En octobre 2018, elle alerte le Parquet national financier sur la situation de quinze parlementaires, dont Thierry Solère, ayant fait un usage irrégulier de leurs frais de mandat.


Sept chefs de mise en examen

Le 11 octobre 2019, Thierry Solère est alors mis en examen pour «fraude fiscale», «détournement de fonds publics par dépositaire de l’autorité publique», «recel de violation du secret professionnel», «trafic d’influence passif», «recel d’abus de bien sociaux», «recel d’abus de confiance» et «financement illicite de campagnes électorales». Une multiple mise en examen, mêlant différentes affaires dans lesquelles Thierry Solère est soupçonné de malversations : des attributions de marchés publics influencées, des soupçons d’emplois fictifs, de «l’enrichissement occulte», ou encore des échanges de documents avec un ministre de la Justice concernant des dossiers en cours.


C’est dans le cadre de ces enquêtes que le parquet de Nanterre a pris un réquisitoire supplétif, le 14 décembre dernier, pour demander aux juges d’instruction d’enquêter aussi sur des faits présumés de «détournement de fonds publics par personne dépositaire de l’autorité public». En janvier, le parquet a pris un nouveau réquisitoire supplétif, pour instruire, contre X, des faits de recel de détournement de fonds publics. Les juges d’instruction cherchent ainsi à déterminer si des proches de Thierry Solère auraient pu profiter de cet argent. Autant d’accusations «hautement fantaisistes» que dénonce le conseiller d’Emmanuel Macron.

Celui qui a quitté le navire de la droite après les premières révélations du Canard enchaîné sur François Fillon, proche de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’est peu à peu rapproché de la macronie. Jusqu’à occuper aujourd’hui un rôle de stratège auprès du chef de l’Etat. Une oreille droite, chargée d’une mission : soigner les élus de son ancien camp politique en vue de 2022. Les affaires entourant l’élu des Hauts-de-Seine embarrassent-elles au sommet de l’Etat ? «Il est conseiller politique bénévole», précise-t-on simplement à l’Elysée ce mardi. *


* https://www.liberation.fr/politique/le-conseiller-demmanuel-macron-thierry-solere-de-nouveau-soupconne-de-detournement-de-fonds-publics-20210316_XJKVYJ4IE5EOTN7UGX3FFZS5SM/

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