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Le dispositif de vidéosurveillance "intelligente" de la ville de Valenciennes épinglé par la CNIL

Selon une enquête révélée par Mediapart, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés a adressé un avertissement à la ville suite à un contrôle en 2020. Le gendarme des données personnelles estime que le dispositif offert par le géant chinois Huawei, déployé en 2017 est disproportionné.

Plus de 300 caméras de vidéosurveillance quadrillent la ville de Valenciennes (photo d'illustration) © Radio France - Florence Gotschaux


Un dispositif lancé en grande pompe en 2017 à l'hôtel de ville de Valenciennes qui devenait la première de France a expérimenter cette vidéosurveillance dite "intelligente". Depuis plus de 300 caméras ont été déployées dans la ville, des outils qui peuvent filmer à 360°, détecter "le dépôt ou retrait d'objet, des mouvements rapides (...)le comptage de personnes, l'évaluation de la densité d'une foule" rapporte la CNIL dans son avertissement envoyé le 12 mai au maire UDI Laurent Degallaix.


La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés qui pointe du doigt plusieurs dysfonctionnements, l'illégalité de la lecture automatique des plaques d'immatriculation par la police municipale qui n'est pas habilitée, seule la police nationale et la gendarmerie sont autorisées à le faire.

La CNIL qui dénonce aussi l'absence de consultation de la commission concernant la mise en place de ce système de vidéo assistée, l'absence d'étude sur d'autres moyens "moins intrusifs" pour parvenir à la sécurisation de la ville.

"En l'état, la nécessité des traitements d'analyse assistée des images n’apparaît pas établie au regard des finalités poursuivies" note la commission qui épingle aussi la ville sur l'impossibilité pour les usagers d'accéder à leurs données personnelles.

Une bonne nouvelle pour Noémie Levain, avocate à l'association la quadrature du Net qui dénonce ce qu'elle appelle la Technopolice et qui a depuis longtemps le système Valenciennois dans son viseur. Car pour elle la vidéosurveillance automatisée est "une atteinte à la liberté de circulation et à la vie privée (...) elle est tout aussi dangereuse" que la reconnaissance faciale "d'autant plus qu'elle se déploie avec peu de visibilité".


L'enquête de Mediapart révèle aussi des dysfonctionnements dans la salle de surpervision des images de ces caméras, qui auraient notamment filmé illégalement des espaces privés. Des dysfonctionnements déjà pointés du doigt par l'union de la gauche lors des dernières municipales assure Luce Troadec, conseillère municipale d'opposition qui parle d'une salle qui "n'était pas un endroit particulièrement bunkerisé puisque des personnes encore moins assermentées rentraient, pouvaient jeter un oeil".

Pour l'élue qui refuse ce dispositif, les éléments révélés par la CNIL sont "choquants"

Les choses qui sont pointées par la CNIL sont extrêmement dérangeantes, il s'agit vraiment d'une forme de surveillance presque à la chinoise (..) ça fait un peu peur

Luce Troadec qui note aussi la quasi absence de signalisation de ces caméras à part aux entrées de ville alors que c'est une obligation légale.

Laurent Degallaix, le maire UDI de Valenciennes reste droit dans ses bottes, il explique que le dispositif a reçu la validation "pleine et entière, et la certification" de la préfecture du Nord et que la ville a fait les correctifs demandés par la CNIL. *

On est maintenant parfaitement en conformité, on attend le retour de la CNIL par rapport aux modifications pour être certifié conforme définitivement. Si ça avait été très préjudiciable, je peux vous dire que la CNIL n'aurait pas mégoter et la main du contrôleur n'aurait pas trembler pour nous signifier la fermeture immédiate du dispositif et du système du centre de visionnage.

* https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-dispositif-de-videosurveillance-intelligente-de-la-ville-de-valenciennes-epingle-par-la-cnil-1628005599

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