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Le ministre des PME, Alain Griset, visé par des enquêtes pour «abus de confiance»

24 novembre 2020



Deux enquêtes ont été ouvertes par les parquets de Lille et Paris, alors que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique soupçonne Alain Griset de faits relevant de «l'abus de confiance». Le ministre des PME concède des «maladresses» mais se défend d'enrichissement personnel.


C'est une affaire qui tombe mal pour le gouvernement en pleine crise sanitaire et économique . Deux enquêtes ont été ouvertes par les parquets de Lille et de Paris sur la situation patrimoniale d'Alain Griset, le ministre délégué aux PME. La première fait suite à un signalement de Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy, la seconde à l'initiative de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui soupçonne des faits « susceptibles de revêtir la qualification d'abus de confiance ». Une situation qui fait déjà réagir au sein de l'exécutif, où l'on reconnaît, selon un conseiller gouvernemental, « des maladresses » de la part du ministre, tout en défendant sa probité.

Plusieurs montages financiers - révélés par le quotidien «Le Monde» - sont mis en cause par la HATVP, qui juge « ni exactes, ni sincères » les déclarations patrimoniales et d'intérêt de l'ancien dirigeant de l'U2P, l'organisation patronale représentant les artisans, les commerçants et les libéraux. Alain Griset a ainsi omis de déclarer 171.000 euros détenus dans un plan d'épargne en actions (PEA) et au compte en espèces associé. Plus embêtant encore, ces sommes proviennent en grande partie de la vente de parts d'une société civile immobilière (SCI) détenues par la Confédération nationale de l'artisanat et des services (CNAMS) Nord, qu'il a dirigée de 1991 jusqu'à son entrée au gouvernement en juillet dernier . «M. Griset a dit à la Haute autorité qu'il avait l'accord de la CNAMS, pour qu'il puisse faire fructifier cette somme, mais alors on est dans la confusion des patrimoines, ce qui n'est pas conforme à la loi», a expliqué à l'AFP le président de la HATVP Didier Migaud.


Des « maladresses » reconnues

Dans l'entourage d'Alain Griset, on fait valoir que le fait d'avoir fait transiter l'argent de la CNAMS Nord sur son compte personnel « était une maladresse ». « Il n'y avait aucune volonté d'enrichissement personnel, ça a juste été fait pour des raisons de praticité. Dès son entrée au gouvernement, le ministre est entré en contact avec son établissement bancaire pour restituer comme convenu les sommes à la CNAMS Nord ce qui a été définitivement fait début novembre », explique un membre de son cabinet, qui rappelle qu'Alain Griset « a été président de la CNAMS Nord de 1991 à 2020 à titre bénévole ». Quant au fait de n'avoir pas déclaré les sommes détenues dans le PEA, cela s'expliquerait car son établissement financier aurait mis du temps à lui donner les sommes exactes.

Que peuvent faire désormais les responsables de l'exécutif ? Alain Griset dit avoir informé en amont le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, et le Premier ministre, Jean Castex, de la démarche de la HATVP. « Le dossier est dans les mains du procureur, on verra ce qu'il en fera. Mais il n'y a aucune interférence dans son travail au quotidien », assure son entourage. Au sein de l'exécutif, on défend un ministre qui « n'a pas eu la volonté de tromper qui que ce soit, même si des maladresses ont été commises ».


Jurisprudence non écrite

La jurisprudence non écrite depuis Pierre Bérégovoy et Edouard Balladur au début des années 1990 veut qu'un ministre mis en examen quitte le gouvernement. Depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, le curseur a été poussé encore plus loin puisque les élus Modem François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard ont démissionné pour l'ouverture d'une simple enquête judiciaire , tandis que François de Rugy a été poussé vers la sortie après des articles de presse.

Une telle issue tomberait au plus mal pour le gouvernement, qui doit déjà faire face aux attaques contre Jean-Michel Blanquer, soupçonné d'avoir manipulé le syndicat Avenir lycéen.

Avec la crise économique, Alain Griset - l'ancien chauffeur de taxi devenu dirigeant de l'U2P puis ministre à Bercy - est monté en première ligne pour gérer aux côtés de Bruno Le Maire la colère des PME suite à la décision de reconfinement . L'exécutif doit notamment préciser dans les prochains jours comment les commerces dits non essentiels pourront rouvrir, et comment le dispositif d'aides sera aménagé .

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