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McKinsey au coeur de la crise des opiacés aux USA


1 / 400 000 morts aux Etats-Unis : cinq choses à savoir sur le fentanyl et la crise des opiacés


Par SudOuest.fr avec AFP

Publié le 18/10/2019 à 15h01


Depuis 30 ans, les overdoses aux opiacés ont fait plus de 400 000 morts aux États-Unis, et sont dues notamment à la surperscription de médicaments anti-douleur, alors qu'ils étaient réservés auparavant aux maladies les plus graves.


Depuis plusieurs années, le fentanyl détourné de son usage médical, fabriqué et vendu illégalement sous forme de poudre, de spray ou de comprimés contrefaits, et a fait exploser le nombre de morts par opiacés depuis 2013.© Crédit photo : DON EMMERT AFP


Fentanyl omniprésent, morts par centaines de milliers et un procès potentiellement historique contre l'industrie pharmaceutique : la crise des drogues opiacées , qui a commencé dans les années 1990, n'en finit pas de ravager les États-Unis.


Un procès fédéral, le premier du genre, doit s'ouvrir lundi dans l'État de l'Ohio pour déterminer les "coupables" de ce désastre avec les géants de l'industrie pharmaceutique au banc des accusés. Ces derniers tentent d'arracher un accord de dernière minute avec les États américains et collectivités locales qui veulent les faire payer pour les ravages causés par la crise, dans l'espoir de mettre fin aux poursuites. Voici cinq clés pour comprendre ce dossier:


1. Qu'est-ce que le fentanyl ?


Le fentanyl est un opiacé de synthèse aux capacités euphorisantes. Sous sa forme légale, c'est un médicament utilisé comme sédatif dans le traitement de douleurs sévères, notamment pour des malades du cancer. Délivrable uniquement sur ordonnance, il est considéré comme 50 fois plus puissant que l'héroïne, un opiacé illégal, selon le National Institute on Drug Abuse.


Mais il est depuis plusieurs années détourné de son usage médical, fabriqué et vendu illégalement sous forme de poudre, de spray ou de comprimés contrefaits, et a fait exploser le nombre de morts par opiacés depuis 2013. Les trafiquants le mélangent fréquemment à d'autres substances, comme l'héroïne ou la cocaïne, en raison de sa plus grande rentabilité.


2. Combien de morts ?


Les derniers chiffres des Centres de contrôle des maladies (CDC) font état de plus de 400 000 morts par overdoses aux opiacés aux États-Unis entre 1999 et 2018, et plus de 130 morts par jour aujourd'hui encore. En 2016, le chanteur Prince est mort des suites d’une overdose de Fentanyl.

En 2018, le nombre d'overdoses mortelles a reculé pour la première fois en vingt ans aux États-Unis, mais les morts dues au fentanyl et autres opiacés synthétiques ont continué de progresser, avec près de 32 000 victimes, selon des chiffres officiels encore provisoires.


3. À qui la faute ?


Beaucoup d'experts reconnaissent aujourd'hui que la crise des opiacés a commencé par la surprescription de médicaments anti-douleur comme l'OxyContin du laboratoire américain Purdue, alors qu'ils étaient jusqu'au milieu des années 90 réservés aux maladies les plus graves. Purdue et d'autres laboratoires comme Johnson & Johnson ou Teva ayant fabriqué des médicaments similaires, ainsi que les grandes chaînes de pharmacie américaines, sont accusés d'avoir fait une promotion agressive de ces médicaments et de ne pas avoir réagi aux signaux d'alerte sur les abus dont ils faisaient l'objet.

Ils font face à une avalanche de plaintes en justice, émanant des États américains et de collectivités locales en tous genres, qui veulent récupérer les milliards engagés pour endiguer la crise. Les principales entreprises attaquées en justice ont fait récemment des propositions de dédommagement se chiffrant en milliards de dollars, dans l'espoir de solder l'ensemble des poursuites à leur encontre. Mais aucun accord n'a encore été scellé.

Le CDC estime à quelque 78,5 milliards de dollars par an "le fardeau économique" de la crise, incluant frais de santé, productivité perdue et coûts pour le système pénal. Une étude publiée mardi par la Société américaine des Actuaires estime même à 631 milliards de dollars le coût pour les quatre années 2015-2018.


4. Que font les autorités ?


Le gouvernement Trump a fait de la crise des opiacés une priorité de santé publique en octobre 2017, permettant de débloquer des fonds importants pour lutter contre la crise, améliorer le traitement et la prévention des dépendances aux drogues - un problème qui ne date pas des opiacés, et trouver des solutions non addictives à la douleur.

Au-delà de la répression du trafic des opiacés, les Instituts nationaux de santé (NIH) ont lancé en avril 2018 une initiative baptisée HEAL pour trouver des solutions médicales et scientifiques à la crise, à laquelle a été allouée pour l'année fiscale 2019 la somme record de 945 millions de dollars.

La plupart des États américains se sont par ailleurs, via leurs procureurs, montrés très agressifs dans les poursuites contre l'industrie pharmaceutique.


5. L'Europe est-elle préservée ?


La situation en Europe "est très différente", résume le directeur scientifique de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), Paul Griffiths, en avançant plusieurs facteurs protecteurs: prescriptions d'anti-douleurs mieux encadrées, usage d'héroïne moins fréquent chez les jeunes et accès plus facile aux traitements de substitution à l'héroïne, moins puissants et moins risqués que le fentanyl.*



2 / Crise des opiacés : McKinsey paie 573 millions de dollars pour solder des poursuites


Des États américains accusaient le cabinet d'avoir contribué à la crise des opiacés via ses conseils aux groupes pharmaceutiques.



Le prestigieux cabinet de conseil McKinsey a accepté de verser 573 millions de dollars pour solder des poursuites judiciaires lancées par des États américains qui l'accusaient d'avoir contribué à la crise des opiacés via ses conseils aux groupes pharmaceutiques dont Purdue Pharma, le fabricant de l'Oxycontin.


Les termes de cet accord, annoncé jeudi par la procureure de New York Letitia James, indiquent que McKinsey n'a ni reconnu ni rejeté les faits qui lui étaient reprochés, une position qui permet au groupe d'éviter que des parties tierces se servent du compromis pour l'attaquer à leur tour en justice. McKinsey a toutefois coopéré avec les États parmi lesquels New York, la Californie, le Connecticut, le Colorado ou encore l'Oregon.


«Marketing cynique»


«Les tactiques marketing cyniques et délibérées de McKinsey ont contribué à alimenter la crise des opiacés en aidant Purdue Pharma à cibler les médecins dont ils savaient qu'ils sur-prescrivaient les opiacés», a fustigé Mme James. McKinsey a notamment conseillé Purdue Pharma, qui a plaidé coupable l'an dernier dans ce dossier, pour l'aider à doper les ventes, selon l'État de New York. Il a recommandé au groupe pharmaceutique de se concentrer sur les dosages élevés considérés comme les plus lucratifs, d'après les documents judiciaires produits par les plaignants.


Cet accord, conclu avec 47 États américains au total et le District de Columbia qui comprend la capitale fédérale Washington, doit encore être validé par un juge comme le réclame la justice américaine. Outre la pénalité financière, McKinsey a aussi accepté des restrictions futures sur le champ de son activité: le cabinet n'acceptera plus de conseiller une firme sur le développement, la fabrication, la promotion, le marketing, la vente, l'utilisation d'un opiacé ou de tout narcotique.


Près d'un demi-million d'Américains sont morts d'overdose causée à la fois par des opiacés prescrits ou vendus illégalement entre 1999 et 2018, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. **



* https://www.sudouest.fr/justice/400-000-morts-aux-etats-unis-cinq-choses-a-savoir-sur-le-fentanyl-et-la-crise-des-opiaces-2459248.php

** https://www.lefigaro.fr/societes/crise-des-opiaces-mckinsey-paie-573-millions-de-dollars-pour-solder-des-poursuites-20210204

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