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Qui l’armée canadienne forme-t-elle en Ukraine?



Justin Trudeau vient d’annoncer l’élargissement et la prolongation de trois ans de l’opération d'assistance à l'armée ukrainienne UNIFIER. L’effectif des Forces armées canadiennes sur place pourrait doubler pour compter jusqu’à 400 militaires. Trudeau a insisté sur le fait que la mission du Canada n’en était pas une de combat, mais d’entraînement et de formation. Depuis le début de la mission, en 2015, le Canada a formé environ 33 000 soldats ukrainiens.



Encore faudrait-il qu’Ottawa surveille qui l’armée canadienne forme et entraîne en Ukraine.

L’Université George Washington de la capitale américaine a publié une étude troublante sur la présence du groupe d'extrême droite «Centuria» à l’Académie militaire nationale ukrainienne (NAA) Hetman Petro Sahaidachny. Selon l’étude, des membres de Centuria se sont vantés sur les réseaux sociaux d'avoir reçu une formation des Forces armées canadiennes et d’autres armées occidentales. Des conseillers militaires canadiens sont affectés à plein temps à l’académie qui possède d’ailleurs une «salle de classe Delta» de haute technologie parrainée par le Canada.

Centuria s’est donné pour mission de faire de l'armée ukrainienne un instrument de défense de l'«identité culturelle et ethnique» des peuples européens. Ça ne correspond pas exactement au multiculturalisme trudeauiste. Le groupe affirme que ses membres servent comme officiers dans plusieurs unités de l'armée ukrainienne.

En avril 2020, Centuria a fait sur internet l’éloge de la division SS ukrainienne «14e Waffen Grenadier» de la Seconde Guerre mondiale, présentant l’unité nazie comme «le symbole qui fait peur aux ennemis de l'Ukraine». Parmi les figures nazies vénérées par Centuria, l’officier SS belge Léon Degrelle, décrit comme un «vrai Européen».


Le ministère ukrainien de la Défense a déclaré qu'il ne contrôlait pas les postulants à son académie militaire pour leurs opinions ou leurs appartenances politiques. Pas plus que le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France, qui prêtent assistance à l’Ukraine pour former les futurs officiers de ses forces armées.

Dans une déclaration à CTV News lors de la publication de l'étude de l’Université George Washington, les Forces armées canadiennes se sont dites «très préoccupées» par ces révélations. La sécurité militaire canadienne n’avait rien vu, rien su. Vraiment?


Centuria a des liens étroits avec le mouvement ukrainien d'extrême droite Azov, dont l’aile militaire appelée «Bataillon Azov» opère comme détachement d'opérations spéciales de la Garde nationale ukrainienne.


Des documents de la défense nationale obtenus par l'Ottawa Citizen à la suite d'une demande d’accès à l’information indiquent que des officiers et des diplomates canadiens ont rencontré des chefs du bataillon néonazi Azov en juin 2018. Pourtant, en 2015, le ministre de la Défense du gouvernement Harper, Jason Kenney, avait affirmé qu’Azov n’était rien de plus qu'un «petit nombre de brebis galeuses» et ne recevrait pas de soutien canadien.

Un porte-parole de la défense nationale s’est senti obligé de préciser au Citizen que «le Canada n'a pas fourni et ne fournira pas de soutien à Azov et aux entités affiliées». Ah bon! Quelles vérifications ont été faites?

Azov est aussi un mouvement politique néofasciste en pleine croissance. Ses membres s’attaquent régulièrement à des manifestations antifascistes, des personnalités et des médias adverses, à l'instar de milices américaines comme les Proud Boys et les Oath Keepers. La fragile démocratie ukrainienne serait-elle aussi menacée par l’extrême droite que la démocratie américaine?

Le Congrès américain a interdit en 2018 toute aide budgétaire «pour fournir des armes, une formation ou une autre assistance au bataillon Azov» et a maintenu cette disposition dans le projet de loi budgétaire de 2021. Les législateurs américains ont demandé à plusieurs reprises au Département d'État de désigner Azov comme organisation terroriste. Le Canada de Justin Trudeau devrait en faire autant. OK, OK, vous allez me dire que ce n’est pas le moment, présentement.


Un rapport de 2016 du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme détaille les accusations de torture et d'autres crimes portées contre Azov à l’occasion de la révolution de Maïdan et des troubles entourant l’annexion de la Crimée par la Russie. Une violation du droit international n’en justifie pas une autre.

Si l'Ukraine sombre dans une guerre de partisans après une invasion russe dans les semaines qui viennent, comme c’est à prévoir, il faut s’attendre à ce que les milices néonazies ukrainiennes d’adonnent de nouveau à des exactions comme en 2014. Même celles dont les officiers auront reçu une formation de nos forces armées. *


En 2018:

Ukraine : les milices extrémistes du bataillon Azov

REPORTAGE - Fondées dans l'ombre de l'ancien mouvement paramilitaire réputé pour ses codes esthétiques néonazis, les milices Droujini dispersées dans toute l'Ukraine grandissent. Des groupuscules qui témoignent d'un regain de la fibre ultranationaliste au cœur d'un pays fatigué par quatre ans de conflit.



C'est une petite mer de drapeaux multicolores qui flottent au gré du vent ce matin du 3 avril 2018, à Kiev, sur le carrefour jouxtant l'entrée du stade Dynamo, non loin de la place de l'Europe. Compacte, la foule s'étend le long de la rue Mykhaila Hrushevskoho qui remonte vers le Parlement - ici même où, en janvier 2014, des barricades avaient été érigées par les manifestants lors de la révolution de Maïdan. Plus de quatre ans après, seuls quelques petits monuments discrets immortalisent cet événement décisif dans l'histoire du pays ayant, notamment, déclenché le conflit du Donbass contre les deux mouvements séparatistes prorusses: la République populaire de Donetsk et celle de Lougansk - cette guerre oubliée dont le bilan est estimé à plus de 10 000 morts. (...) **


* https://www.journaldemontreal.com/2022/01/28/qui-larmee-canadienne-forme-t-elle-en-ukraine


** https://www.lefigaro.fr/international/2018/05/18/01003-20180518ARTFIG00007-ukraine-les-milices-extremistes-du-bataillon-azov.php

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